Cancer du poumon, métastases cérébrales et osseuses : en 2011, le verdict est brutal. Nicolas accuse le choc, sidéré, incrédule. Sur l’ordonnance de l’oncologue, un protocole de chimiothérapie et… des cours de karaté.

Tout de suite, il veut savoir : combien de temps à vivre ? « Deux à six mois », lâche le médecin face à ce patient déterminé. Nicolas pense d’abord à sa famille, son épouse et leurs trois enfants. Déjà, il sent l’urgence de prendre ses dispositions testamentaires et se prépare au pire.

Tout va toujours très vite dans la vie de Nicolas. À peine arrivé de Téhéran en 1982, il rencontre Irmgard, « belle NICOLAS1Autrichienne aux yeux bleus » qui apprend le français, comme lui, à l’Alliance française. Très vite, en 1985, ils ouvrent ensemble leur première boutique de fleuriste. Très vite, en 1986, ils se marient  et ont leur premier enfant. Quand le verdict tombe, l’entreprise familiale compte onze boutiques et emploie 32 salariés. Plus de vingt-cinq années d’une vie bien remplie, tout à coup en suspens.

Le combat commence : un premier protocole de chimiothérapie est mis en place à raison d’une séance tous les quinze jours. Nicolas supporte plutôt bien avec peu d’effets secondaires, hormis une perte d’appétit. Il fait confiance à son oncologue, le Dr Thierry Bouillet. Celui-ci, fondateur de l’association Cami Sport et Cancer, le pousse à avoir une activité physique. « Sans conviction, j’ai d’abord fait du vélo elliptique à la maison, raconte Nicolas. Avant la maladie, cela faisait plusieurs années que je ne faisais rien et j’avais pris dix kilos. J’ai mis plusieurs mois à me décider à suivre les cours de karaté de la Cami. Je n’y croyais pas. Pour moi, c’était un gadget bidon ! »

Un élève jubilant, tout sourire…

Le karaté ne lui était pas étranger, souvenirs d’une année de cours à l’adolescence en Iran, puis de son initiation au full contact, bien plus tard à Paris. La rencontre avec la Cami en janvier 2012 sera un déclic. Il arrive en cours regard jubilant, tout sourire, presque galvanisé tant il se sent en confiance. Nicolas alterne cours de Médiété®, pour une bonne préparation physique, et cours de karaté, et choisit bientôt de s’entraîner dans un autre club qui dispose de six dojos dans Paris, offrant une multiplicité d’horaires. Il se soumet à plusieurs traitements successifs, ne travaille plus que de loin, et jouit de la vie au maximum à coup de virées en Harley avec Irmgard. Il suit ses envies : « Je ne me demande jamais si je peux ou dois faire telle ou telle activité. Je fais ce qui me plaît ».

Mais en décembre 2013, les métastases osseuses ont fragilisé sa colonne vertébrale provoquant un tassement de la lombaire L4, extrêmement douloureux. Nicolas ne peut plus marcher. Il perd son autonomie et devient accro à la morphine, cloué sur un fauteuil roulant. Les médecins modifient alors le traitement et proposent des séances d’ostéopathie. Avec succès. Au bout de quatre mois de ce calvaire, la vertèbre se consolide et les manipulations font le reste. Ses copains de karaté viennent dîner et lui offrent une magnifique ceinture noire en soie. Six mois de rééducation et de sevrage de la morphine lui seront nécessaires avant de reprendre le karaté à la rentrée 2014. Nicolas est porté par le défi qui l’attend.

Six entraînements par semaine

La tumeur et les métastases régressent. Les chimios s’espacent de trois semaines, à quatre, puis cinq aujourd’hui. Nicolas s’impose jusqu’à six séances de karaté par semaine. Il jubile : « Quand tu passes sous la douche après l’entraînement, ton corps te dit merci ! » Son regard noir brûlant d’énergie darde un sourire perpétuel. « Avec le karaté, je me sens fort, comme dans le “bassai dai”, ce qui en japonais signifie “traverser la forteresse et se surpasser”. Si j’ai des faiblesses, je ralentis le mouvement pour reprendre le contrôle ».

Un jour de juin 2015, Nicolas se présente devant le jury de la Ligue, ému sans doute, mais confiant. Un adversaire surprise lui fait face pour l’épreuve de combat : le Dr. Thierry Bouillet, lui-même 3e Dan, tellement heureux de retrouver son patient sur les tatamis. Pas de traitement de faveur, le candidat remporte le droit de porter sa ceinture noire avec les honneurs.

Prochain défi : le 2e Dan, en juin 2017 !

D’ici là, il y aura de nombreuses escapades en Harley.