Il y a des années, début janvier, elle apprenait qu’elle était atteinte d’un cancer. Frédérique Lombard Morel est aujourd’hui ceinture noire de karaté, une discipline qu’elle n’avait jamais pratiquée jusqu’à sa maladie. Rencontre avec une femme qui raconte dans un livre tout juste paru comment elle a appris à se défendre. 

Elle a traversé la maladie en abordant peu, sinon pas, le sujet avec ses proches. Elle n’a pas toujours trouvé chez ses compagnes d’infortune le soutien qu’elle espérait. Durant cette épreuve, finalement, c’est le sport qui a le plus accompagné cette sportive de haut niveau, pratiquante du plongeon de haut vol, d’équitation, de danse classique et de claquettes. Elle dit d’ailleurs que « le sport est mon meilleur ami, mon meilleur médicament et qu’il m’a certainement toujours protégée ». Autre passion de toujours, la peinture lui apporte aussi un réconfort « thérapeutique ».

couverture_200pxMerci, Dr Bouillet !

Dans J’aurai ! un cancer et après, j’aurai une autre vie… (Unicité, 2014), elle raconte. Elle a eu la chance d’être suivie par le docteur Thierry Bouillet, qui l’a orientée vers les cours de karaté de la Cami. Frédérique, qui n’avait jamais pratiqué cet art martial jusqu’au diagnostic de cancer, s’y est jetée avec passion. À tel  point qu’aujourd’hui, elle est ceinture noire de karaté, deuxième dan. Considérée en rémission depuis 2013, elle poursuit ses entraînements de karaté plusieurs heures par semaine et vise le troisième dan. Elle craignait qu’on lui ait fait cadeau du premier dan : « Mais le deuxième dan, je sais que je l’ai mérité ». 

Et elle ne manque pas une occasion de remercier sa bonne étoile, ce radiothérapeute, le Dr Bouillet, qui martèle : « Si vous êtes fatigués, ne vous reposez pas, faites du sport ». D’ailleurs, constate Frédérique, la pratique sportive chasse certains symptômes. Souffrant aussi d’un grave dysfonctionnement de l’oreille interne, qui se traduit par de forts vertiges, elle constate que durant les cours de karaté, elle ne perd plus l’équilibre.

Son livre alterne les reproductions de certains de ses tableaux, le récit de sa vie, des pensées intimes de l’auteur, des citations philosophiques (Rainer Maria Rilke, Jules Renard…) et des références à des études scientifiques (sur le rôle du sport dans la lutte contre la fatigue ou les effets secondaires des traitements). Le ton est parfois réflexif : « On a deux vies, la deuxième commence le jour où on réalise qu’on en a juste une » (Confucius). Parfois drôle : « Mais assez parlé de moi ! Parlons un peu de vous : que pensez-vous de moi ? » (Bette Midler). Ou mêle les deux : « Tu ne trouveras jamais d’arc-en-ciel si tu regardes toujours en bas » (Charlie Chaplin).

frederiqueVF« Tu dois ressentir »

Frédérique ne craint pas de choquer. Elle écrit ainsi : « Le cancer est une chance », car « les personnes en bonne santé vivent dans l’insouciance et passent à côté de tout ce qui est précieux ». Elle évoque les galères économiques et sociales, les liens amicaux qui se distendent, l’indifférence des quidams dans la rue : « J’étais mise de côté… je suis de côté ! » Mais elle choisit de voir le bon côté des choses, et note par exemple que « pour le cancer, les progrès sont phénoménaux malgré l’augmentation des cas ».

Par le karaté, Frédérique a découvert, en 2007, une méthode d’enseignement propre à Jean-Marc Descotes, celle de la Cami, celle du Médiété : « Tu dois ressentir ». Quitte à limiter le nombre de corrections apportées à chacun. Pas facile à comprendre, raconte Frédérique, qui écrit toutefois joliment : « Lorsque je faisais bien, mon corps souriait ». Et conclut : « Aujourd’hui, ceinture noire 2e dan, je ressens un peu, enfin ! »