Par quel prodige un footballeur professionnel s’est-il  transmué en éducateur sportif auprès de malades ? Jean-Marc Hubert me l’a expliqué.

Je côtoie Jean-Marc Hubert depuis trois ans. La première fois que je l’ai rencontré, en 2011, il était stagiaire du DU « Sport et cancer ». Enrôlé la même année dans la troupe de danse de la Cami, il est maintenant EMS en titre. Je suis son élève à Neuilly. Et je me tords le cou pour une bise quand son mètre quatre-vingt-treize déboule dans la salle de sport. Ce diable d’homme m’intrigue toujours.  Il est heu-reux, Jean-Marc. Heureux d’être là. Sérieux « dans la légèreté », concentré, il déroule les consignes et scande les mouvements, circulant sans cesse parmi ses élèves, veillant sur tous et sur chacun, le sourire dans la voix, dopé à l’enthousiasme.

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Lui qui se sent « en grande forme », n’a ni peur ni crainte devant la maladie. Bien au contraire, il emmène ses élèves « au-delà de la maladie ». Et insiste : « Je fais toujours en sorte que l’exercice soit dur. Je pousse les limites ». On souffre dans ses cours sans jamais se faire mal, et on en rit. On essaye encore, encore un peu plus. Jean-Marc adapte les postures, explique inlassablement comment se placer. Compte de manière tonitruante : « 8, 9, 9 un quart, 9 et demi, dix ! » Encourage : « Très bien, Catherine ! » Et voilà ! On y parvient ! Ne quitte pas un cours sans souhaiter à ses élèves « une bonne, très bonne, merveilleuse, douce, délicieuse, excellente, merveilleuse soirée ».

JMH_06_BDMais comment ce footeux est-il arrivé ici ? Jean-Marc est passé par la filière sport-études. À quinze ans, il jouait en championnat national. À dix-sept ans, « gagnait déjà plutôt bien sa vie » dans les stades. Il décide de poursuivre ses études jusqu’à la licence STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives)Et capitalise sur son expérience de joueur professionnel comme conseiller technique  d’animation au sein la Fédération française de football. Mais nourrit déjà le projet de s’investir dans le sport-santé, son domaine de prédilection.

 

 

La relation d’aide

Après un passage de deux ans comme professeur d’éducation physique en école primaire, il travaille en institut médico-sportif handicap auprès d’adolescents autistes : « Ils apprenaient  à faire du vélo à 18 ans. Avec eux, je faisais du roller, des sorties piscine ou accro-branches… ».  Jean-Marc se sent bien dans cette relation d’aide. L’idée le taraude d’aller plus loin. Ses recherches sur Internet le conduisent au Réseau Yvelines Sud de Cancérologie  (Rysc). Bingo ! Le Rysc cherche à développer des activités physiques pour les patients, avec la Cami pour partenaire. Jean-Marc est sélectionné et sa formation financée.

JMH_07_BDBien plus que l’acquisition de connaissances et d’un savoir-faire spécifique,  le DU Sport et cancer sera une révélation : « Le foot développe la force, l’endurance, la vitesse, la puissance, dit-il. J’étais  hyper tonique, raide comme un piquet ! Le DU a radicalement transformé le rapport à mon propre corps et  m’a révélé d’autres capacités. Je ne savais pas me poser, me tenir. Je me suis déverrouillé et assoupli ». Cet apprentissage qui détaille les muscles et les articulations mis en jeu dans chaque mouvement, permet d’en percevoir les sensations pour  comprendre comment le corps fonctionne. « Une totale remise en question ! » s’exclame-t-il, encore tout étonné de ce qui lui arrive.

Chaque semaine,  Jean-Marc Hubert chausse ses bottes de sept lieues pour assurer ses cours dans huit villes en Ile-de-France et dans la région Centre. Quatorze heures de cours, plus d’une vingtaine en déplacement.  J’esquisse une grimace compatissante… Il m’oppose son large sourire : « Mais non, j’ai l’habitude. J’adore ce métier ».
Une vocation, vous dis-je !