Durant la chimio, mon amie Michèle, qui souffrait du syndrome pieds-mains, faisait le tour du Grand Canal de Versailles sur fond de musique cap-verdienne et autres rythmes brésiliens. 

« C’était un moyen de m’échapper par l’esprit, de me remplir de chaleur et de me donner de l’énergie. J’étais presque dans un état second, avec le sentiment que marcher c’était survivre. Je ne pensais plus à mes pieds ! » Au plus fort de la fatigue, Michèle s’imposait une heure de marche quotidienne et se sentait toujours mieux en rentrant.

Ce n’était pas qu’une impression. « La marche est le meilleur remède pour l’homme », professait Hippocrate, père de la médecine, cinq siècles avant Jésus-Christ. Tout le monde est d’accord et tout le monde marche, un peu. Alors comment marcher… un peu plus ?

J’en connais qui détestent farouchement le sport. Leur prescrire une activité physique quand  ils sont malades relève de la pure provocation ! La marche reste le sport le plus accessible. L’effort se dose  très progressivement, le plaisir vient rapidement.Mais comment s’y mettre en l’absence de motivation ?

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La Rando Santé® est peut être une solution. C’est du moins le concept développé par la Fédération Française de la Randonnée, où la thématique randonnée et santé  figure en bonne place dans le « plan d’objectifs » depuis 2004. Selon Luc Fauveau, médecin fédéral, le but est « d’offrir un encadrement spécifique et convivial à des personnes rétives à l’activité physique, qu’elles en soient dégoûtées ou qu’elles soient contraintes à la sédentarité par la maladie ou l’âge. »

Le déploiement  du projet se fait peu à peu. Une centaine de clubs seulement sur quelque 3200 sont actuellement labellisés, le premier en 2010. Sans doute n’est-il pas si facile de convaincre des animateurs habitués aux  « sacs-à-dos-godillots » d’accompagner des groupes de marcheurs fragilisés le long d’itinéraires conçus pour « marcher moins vite, moins loin, moins longtemps ».  

La fédération ne ménage pas ses efforts. Un groupe de travail se dévoue à la cause. Agnès Theeten, en est la cheville ouvrière. Deux jours par semaine au siège parisien, cette animatrice du terrain diffuse l’information, gère les dossiers de labellisation, répond aux questions. Toute une panoplie d’outils de communication décline le pictogramme de la marque Rando Santé® – dûment déposée ! Affiches, flyers pour la promotion, « carnet de progression » pour les marcheurs… Et même une newsletter interne, réalisée avec un médecin journaliste. Le numéro 19 (avril 2014) est d’ailleurs consacré au cancer.

En toute sécurité

Le projet ne va pas sans un certain luxe de précautions, notamment pour assurer  des conditions de sécurité optimales. Un module de formation spécifique est destiné  aux animateurs des clubs affiliés, déjà formés à l’accompagnement de randonnées,  et les clubs sont labellisés sur la base d’un cahier des charges précis.  Les marcheurs doivent fournir un certificat médical de non contre-indication fixant les limites à ne pas dépasser et les précautions à prendre. La consigne est, en outre, de s’adapter au rythme du plus lent…

N’ergotons pas sur l’efficacité ou non de l’effort physique, selon les critères  d’intensité, de durée et de fréquence. La Rando Santé® permet de partir du bon pied, de prendre l’air, dans la convivialité et l’entraide.

Gilles Baumann, randonneur chevronné, frappé par le cancer, a refait ses gammes avec Rando Santé® après une opération lourde. Cet amoureux de montagne avait subi trois chimio et perdu 18 kilos. Il lui fallait reconstituer sa masse musculaire. En six mois, la marche a permis sa réadaptation à l’effort, en commençant par de courtes distances de 3 à 4 kilomètres. S’il ne refait pas (encore ?) de trekking en altitude, il parcourt régulièrement ses 20 à 25 kilomètres.

Michèle se débrouille très bien en solo. Gilles est une sorte de « pro ». Pour ma part, j’ai besoin de stimulation extérieure. Je crois bien que je vais essayer. Je vous raconterai !

 

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