Roseline de Lauriston fait partie des tout premiers diplômés du DU Sport et cancer (promo 2009-2010). La rencontre de ce professeur de karaté avec la Cami ne doit rien au hasard.roselineeditee2webElle enseigne le karaté depuis près de trente ans lorsque la maladie  frappe à la fois son entourage familial et professionnel. Son métier en sera bouleversé. Roseline voit un collègue instructeur maintenir sa pratique et son enseignement durant les traitements, et un élève faire des katas dans sa chambre stérile à l’hôpital… C’est alors qu’elle s’intéresse aux moyens de lutter contre le cancer.

Elle contacte Jean-Marc Descotes, le fondateur de la Cami, dont elle  découvre l’expérience grâce au livre Anti-cancer  de David Servan-Schreiber, non sans trouver a priori assez farfelue l’idée de faire faire du karaté à des patients ! Dès lors, tout s’enchaîne. Roseline suit le DU Sport et Cancer, obtient le diplôme et devient éducatrice médico-sportive  à la Cami en 2010.

« Construire son corps comme une arme »…

« Le DU a changé radicalement ma façon d’enseigner le karaté, raconte-t-elle. Faire passer la connaissance de l’anatomie et la recherche du placement juste du corps est devenu primordial par rapport aux techniques de combat ».

Une recherche que nourrit aussi l’autre discipline de prédilection de Roseline : le taï chi chuan. Roseline pratique assidument le taï chi chuan qu’elle enseigne également à la Cami. Cet art martial « de l’intérieur » lui  a permis de « déconstruire » son karaté en se débarrassant des mauvaises habitudes qui agressent le corps.

Car le karaté est un combat pour la vie à mains nues. De fait, le terme de karaté est formé de « kara », main et « te », vide. « La pratique du karaté amène à construire son corps comme une arme, explique-t-elle. Ainsi le karaté peut soigner. » Encore faut-il savoir comment l’employer. « J’avais pratiqué dans la tension. Je compensais mes fragilités au lieu de rechercher le geste juste. J’avais mal partout. Or, pour être efficace, il faut au contraire être totalement décontracté. Au bout de trois mois de taï chi, j’étais encore plus endolorie… Jusqu’à ce que peu à peu les douleurs disparaissent. »

… Et lancer « l’énergie entière »

Roseline est une grande et belle femme, la voix claire et posée, le regard souriant. Face à ses élèves, elle détaille chaque mouvement, commente, explique et corrige avec humour. Sa force intérieure est contagieuse et apaisante. Elle-même reconnaît tirer sa force de son travail auprès des patients. Aujourd’hui, elle se partage entre trois hôpitaux parisiens, un gymnase du XVIe arrondissement et le site de Neuilly-sur-Seine.

Pour elle, les élèves Cami qui choisissent le karaté adoptent un univers culturel, une éthique, une façon de voir la vie et d’affronter les difficultés. Pousser le cri du kiaï, par exemple, ne vient pas toujours facilement. Roseline propose donc à ses élèves de le laisser « mûrir ». « Il existe assez peu d’endroits où crier », aime-t-elle à dire, pince sans rire. « Le kiaï, c’est une très forte expiration qui vient du fond du ventre, un peu comme le « han ! » du bûcheron ou le cri du joueur de tennis dans le service. Il permet de lancer l’énergie entière ». Un défi pas facile, en effet, à relever. Mais qui ne souhaiterait apprendre à le faire ?