Qui n’a inscrit, parmi ses bonnes résolutions de nouvelle année, la pratique régulière d’un sport ? Et pourtant, pas si simple ! Des psychologues avancent des pistes pour renforcer la motivation. Microsoft Word - Document3.pdfParu dans les Annales médico-psychologiques de décembre 2013, l’article du psychologue clinicien Nourdine Tafticht et de l’enseignante-chercheur à l’université Paris Ouest Antonia Csillik s’intéresse à la formalisation des mécanismes de motivation pour l’activité physique. 

Cinq étapes

Les deux auteurs reconnaissent tout d’abord que « les mécanismes de l’adoption et du maintien d’une pratique physique régulière restent mal connus, d’où les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre d’interventions efficaces à court et long termes ». Il existe pourtant un modèle, dit transthéorique (MTT), mis au point par Prochaska et DiClemente, de représentation des mécanismes de changement. Ce modèle distingue cinq phases :

  • la pré-réflexion : la personne, inactive, n’a pas l’intention de débuter l’exercice dans les six prochains mois ;
  • la réflexion : la personne, inactive, a l’intention de débuter dans les six mois ;
  • la préparation : la personne a commencé à pratiquer du sport, mais pas encore de manière régulière ;
  • l’action : la personne pratique régulièrement de l’activité physique depuis six mois ou moins;
  • le maintien : elle a conservé l’habitude du sport depuis plus de six mois.

Selon Nourdine Tafticht et Antonia Csillik, les données empiriques montrent qu’un délai de six mois constitue un bon indice de passage du stade 4 au stade 5, c’est-à-dire au maintien de l’activité physique.

Enfin, se trouvent en dehors de ce cycle les personnes actives depuis plus de cinq ans et très peu tentées d’arrêter le sport !

yogaequilibreenroulementDes « rechutes » bien naturelles

Ce modèle intègre les moments de « rechute », c’est-à-dire les phases durant lesquelles les individus interrompent toute activité physique, avant de reprendre le cycle pré-réflexion, réflexion etc. : « Les individus ont souvent besoin de plusieurs tentatives de changement avant de réussir », notent les deux auteurs. Le MTT insiste aussi sur l’importance deux paramètres pour franchir les différentes étapes : le sentiment « d’efficacité personnelle », c’est-à-dire le jugement porté sur ses propres capacités à réaliser des performances ; et la « balance décisionnelle », c’est-à-dire la perception des avantages et inconvénients du changement.

Réservé à l’origine au domaine des addictions, ce modèle est appliqué à l’exercice physique depuis le début des années 1990. Les deux auteurs relèvent que le MTT a permis de développer des nouvelles méthodes pour encourager la pratique d’une activité physique chez des personnes sédentaires. Il contribuer à affiner les interventions, en effet, puisqu’il « permet de classer les sujets selon leur disposition au changement ». Ainsi, dans une première phase, c’est surtout la prise de conscience qui compte, l’accès aux informations pertinentes. Plus tard, c’est surtout l’apprentissage de nouveaux comportements qui importe, ainsi que, peut-être, la recherche d’une aide chez les proches.

Que les candidats au changement se rassurent, c’est un processus parfois long, qui connaît des interruptions naturelles, mais à chaque phase correspondent des ressources particulières et aussi, des gratifications croissantes ! 

 

Pour une présentation très accessible du modèle de Prochaska-DiClemente, rédigée du point de vue médical, voyez l’article « Comment motiver le patient pour changer son mode vie ? » sur le site du Forum médical suisse.